Avez-vous bénéficié de la baisse des commissions d'interchange ? Six ans plus tard, la réponse

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Le paradoxe de l'interchange plafonné : 5,14 milliards d'euros d'économies annuelles pour les commerçants, mais des cotisations de carte bancaire en hausse de 2,7 % en 2026, à environ 45 euros par an en débit immédiat

Cet article de 2020 posait une bonne question. Nous l'avons mis à jour avec les chiffres de 2026 : la réponse n'a pas changé — elle s'est confirmée.

En 2015, l'Union européenne imposait une limitation du prix des commissions d'interchange, ces frais facturés à l'occasion d'un paiement par carte bancaire. L'objectif affiché : faire baisser les coûts, au bénéfice du consommateur final. Notre article de 2020 constatait que la baisse n'était pas arrivée jusqu'à vous. Six ans plus tard, le constat s'est encore alourdi.

Le mécanisme, en une minute

Mars 2015 : le règlement (UE) 2015/751 — dit IFR, pour Interchange Fee Regulation — plafonne les commissions d'interchange, la part des frais qu'un commerçant paie à la banque du porteur quand il accepte un paiement par carte : 0,2 % du montant pour une carte de débit, 0,3 % pour une carte de crédit (débit différé dans la nomenclature européenne).

L'idée : moins de frais pour les commerçants, donc des prix de vente plus bas pour tout le monde.

Ce qui a effectivement baissé : la facture des commerçants

Sur ce point, le règlement a fonctionné. L'étude commandée par Mastercard au cabinet Edgar, Dunn & Company chiffrait la baisse des commissions payées par les commerçants à environ 5,14 milliards d'euros par an à l'échelle de l'Union. La Commission européenne, dans son rapport d'évaluation de 2020, confirmait la baisse des commissions et l'absence de preuve d'une hausse compensatoire… côté commerçants.

Mais cette économie ne s'est pas répartie également : ce sont surtout les grandes enseignes, qui négocient leurs conditions d'acceptation sur de gros volumes, qui en ont profité. Pour les petits commerçants — et pour leurs clients — l'effet est resté imperceptible : « il n'y a aucune preuve que les commerçants aient répercuté cette baisse sur leurs prix de vente », concluait Pascal Burg, co-auteur de l'étude.

Ce qui n'a jamais baissé : votre cotisation

Côté porteur, le manque à gagner a été compensé par les banques de deux manières : en augmentant les cotisations payées par les clients, et en rognant sur les programmes de fidélité adossés aux cartes.

Les chiffres 2026 de l'Observatoire des tarifs bancaires le confirment : la cotisation d'une carte à débit immédiat s'établit en moyenne autour de 45 € par an, et l'ensemble des tarifs bancaires progresse de +2,7 % au 1er avril 2026. La hausse est plus régulière que l'inflation des années calmes — et elle n'a jamais été interrompue par le plafonnement de l'interchange.

Un effet de structure demeure, hérité du règlement : l'interchange d'une carte à débit différé (0,3 %) rapporte plus à la banque émettrice que celui d'une carte à débit immédiat (0,2 %). Les banques ont donc eu tendance à rendre les cartes à débit différé relativement plus attractives — un des rares endroits où le règlement a modifié les prix que vous voyez.

Ce que ça change pour une carte prépayée

Ce plafonnement explique aussi une partie de l'économie des cartes sans banque : l'interchange plafonné finance mal un modèle « tout gratuit », ce qui a contribué à la disparition de plusieurs offres gratuites et au maintien de cotisations sur la plupart des cartes prépayées. Quand vous comparez des offres, raisonnez donc en coût annuel complet — cotisation plus frais d'usage — plutôt qu'en prix d'appel : c'est l'objet de notre comparatif.

Sources : règlement (UE) 2015/751 (plafonds de 0,2 % et 0,3 %) ; étude Edgar, Dunn & Company pour Mastercard (2020, périmètre UE) ; rapport d'évaluation de la Commission européenne sur l'IFR (juin 2020) ; Observatoire des tarifs bancaires, édition 2026 (~45 €/an en débit immédiat, ensemble +2,7 % au 1er avril 2026).

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